La Castellane, la plus célèbre des cités du Sud de la France et résidence natale de l’enfant prodige, Zizou, va connaitre une transformation sans précédent. Inaugurée en 1971, cette cité des quartiers Nord de Marseille (16e), n’a jamais connu de modification profonde, et ne cesse depuis une dizaine d’années de s’enfermer dans le trafic, pris en otage par une infime partie des habitants.
Pourtant, sur le papier, La Castellane possède bien des atouts. Une localisation optimale dans le centre géographique de la future métropole, à mi-chemin entre les centres de Marseille et Aix-en-Provence, une desserte autoroutière très proche, la proximité de l’un des plus grands centres commerciaux de la région, Grand Littoral et un immense terrain en friche au pied de bâtiments qui offre de larges possibilités de réaménagement.
Le 11 mai 2016, le bâtiment G où vivait Zizou a été détruit, en présence des élus de la ville de Marseille et de la Métropole, de la Préfecture et de la Secrétaire d’État auprès du Ministre de la ville, de la jeunesse et des sports, chargée de la ville, Hélène Geoffroy.
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Quelles avancées depuis la démolition du bâtiment G ?
La première démolition qu’a connue la cité La Castellane est seulement un « petit bout de chantier » qui a été limité en fonction des disponibilités financières de l’agence Marseille Rénovation Urbaine (MRU), qui a en charge le projet de transformation de La Castellane. Seul le bâtiment G et le parking de la Tartane ont été concernés. « On va maintenant procéder à l’aménagement de l’espace démoli pour en faire un nouvel espace public transitoire puisqu’il y aura, dans un second temps, l’ouverture totale de la cité entre le chemin de Bernex et le boulevard Henri Barnier. Le changement de perception grâce à cette première démolition est déjà spectaculaire et plus fluide », met en avant Nicolas Binet, Directeur de l’agence Marseille Rénovation Urbaine.
Si rien n’est encore officiel pour le moment, le projet de transformation de La Castellane devrait faire partie du nouveau Programme national de renouvellement urbain (NPNRU), qui fait suite au Programme de rénovation urbaine lancé dans toute la France au début des années 2000 afin de restructurer, dans un objectif de mixité sociale et de développement durable, les quartiers classés en zone urbaine sensible.
En attendant la signature de la convention de la cité La Castellane, que Nicolas Binet espère pour la fin de l’année 2017, des projets sont à l’étude et d’autres d’ores et déjà actés, comme par exemple la démolition de la Tour K, l’aménagement de terrains de sports et de jardins familiaux pour les habitants, la réhabilitation des logements qui en ont besoin et l’accompagnement des associations locales dans la réinsertion des jeunes vers l’emploi.
L’INTERVIEW
Nous avons interviewé Nicolas Binet début 2016. Il nous expliquait déjà en quoi consistait le projet global de transformation de la cité qui compte au total 1200 logements sociaux, soit 4500 habitants. Nous avons fait le choix de partager à nouveau cette interview avec vous, car peu de choses ont avancé depuis.
Quels sont les enjeux sur ce territoire ?
Le projet consiste avant tout à permettre à chacun de vivre librement sa vie dans ce quartier, de communiquer avec d’autres quartiers voisins et de permettre à quiconque de traverser ce quartier. Bref, de lui redonner les caractéristiques d’un morceau de ville comme un autre. Et surtout, recréer des espaces publics car aujourd’hui tous les espaces communs aux pieds des bâtiments, sont des espaces privés qui appartiennent aux organismes HLM.
Qu’est-il prévu concrètement pour transformer la cité et offrir une meilleure qualité de vie aux habitants ?
Il y a beaucoup de choses… La première, une volonté de recréer de l’espace public, c’est à dire d’avoir des voies qui traversent ce quartier et de gommer ce qui le rend « labyrinthique ». Deuxièmement, il y a un travail à faire sur l’habitat, notamment pour la rénovation énergétique et l’isolation des logements. Mais aussi, peut-être faire évoluer dans certains immeubles les types de logements pour mieux répondre à la demande.
Enfin, un gros travail sur le développement social. Car la pauvreté des gens qui y résident est une caractéristique forte de ce quartier. Beaucoup de gens qui y vivent n’ont pas vraiment d’autres choix en terme de locatif HLM. Il y a aussi des problèmes d’emplois et de qualification professionnelle. Le GIP Politique de ville (Groupement d’intérêt public) agit aux côtés du centre social et culturel de la cité, notamment pour favoriser le dialogue et les échanges. L’objectif est d’encourager l’insertion professionnelle.

Des tours et des barres seront détruites, pouvez-vous nous expliquer plus en détail ?
L’ambition du projet est de recouper la cité en deux sur un axe Est-Ouest clair et lisible avec une emprise d’environ 40 mètres de large. Aujourd’hui, cette rue existe mais elle sort coté Ouest (sur la rue de Bernex) par un porche qui doit faire 4 mètres de large, sous l’immeuble G. Ce n’est donc pas très pratique de passer par là, ni sécurisant. Nous allons détruire le parking en béton couvert dit de « la Tartanne », qui est muré depuis des années car personne ne veut y mettre sa voiture et il constitue un passage étroit et difficile.

Dans une deuxième phase, nous démolirons la tour K, située à l’entrée de la cité côté boulevard Henri Barnier. Dans la foulée, nous relocaliserons le centre social qui se trouve au milieu de la future avenue.
Où sont relogés les habitants de ces bâtiments voués à la démolition ?
Cela varie vraiment selon les familles. Certains sont très attachés à rester au sein de la cité et demandent un appartement dans un autre bâtiment. Cela représente 50% des habitants environ. D’autres ont des idées précises, ils veulent rejoindre des membres de leur famille dans d’autres quartiers de Marseille. Certains veulent changer de commune. Il y a vraiment toutes sortes d’aspirations, et les relogements s’avèrent pour beaucoup une opportunité de retrouver cette marge de choix.

C’est étonnant, on aurait plutôt tendance à penser que la plupart des relogés voudraient s’installer dans du neuf ou dans des quartiers du centre-ville…
Oui tout à fait, mais avec les normes d’aujourd’hui, les logements neufs n’offrent plus de si grands volumes des pièces et des fenêtres, comme c’est le cas de certains appartements de la cité. Et certains habitants sont même réticents à l’idée d’avoir des voisins à seulement quelques mètres de leurs fenêtres. Alors qu’à La Castellane, les bâtiments sont relativement espacés entre eux. En ce qui concerne le centre-ville, c’est une histoire de commodités.
La géographie de vie des gens, surtout à Marseille, est assez compliquée. Beaucoup des habitants de ces quartiers travaillent à Marignane, Plan de Campagne ou Berre l’Etang. Les commodités, ce n’est pas le Vieux-Port pour eux. Tout le monde n’est pas fanatique d’aller habiter un logement neuf dans le centre-ville.
« Des terrains de sport et des potagers pour les habitants »
Peut-on espérer voir s’installer de nouveaux commerces et de nouveaux équipements pour améliorer la qualité de vie du secteur ?
Bien sûr. Les services publics et privés que l’on implantera seront accessibles pour tous les habitants de La Castellane mais aussi pour les Marseillais autour. Nous allons aménager un terrain en friche sur un peu plus de 2 hectares à côté du groupe scolaire. Le terrain de la Jougarelle au Nord de la cité (voir plan plus haut), qui appartient à la ville de Marseille, va devenir un équipement sportif avec des terrains de sport et des parcours santé, mais aussi culturel et social avec l’aménagement de jardins familiaux où les habitants pourront faire leur potager.
Comment êtes-vous accueillis par les habitants dans le processus de concertation que vous menez avec eux ?
C’est un paradoxe, car à la fois il y a une demande des habitants, et à la fois une interrogation. Parfois, les interventions des services publics dérangent certaines personnes. Donc l’accueil est variable et différent selon les personnes, les moments ou même les lieux. Mais, il y a une volonté forte des collectivités d’agir pour rendre la liberté aux personnes. Et puis, les services sociaux installés au cœur de la cité font un très bon travail pour assurer le lien entre les habitants et les collectivités. Nous organisons régulièrement des réunions et des ateliers de travail dans le centre social et culturel de La Castellane, mais aussi avec le groupe scolaire, le collège ou lycée professionnel.
Le tissu associatif local est-il important ?
Oui, il y a des associations avec lesquelles on travaille. Mais, on espère surtout que ce projet sera l’occasion d’impulser un débat public et que de nouvelles associations citoyennes émergeront de tout ça, ainsi que de nouveaux animateurs pour aider les jeunes.


